Le Syndicat de la presse indépendante d‘information en ligne (Spiil) et les organisations syndicales représentatives des journalistes professionnels ont signé, le 13 mars 2025, un accord relatif à la classification et aux salaires minima des journalistes employés par les entreprises membres du Spiil. Cet accord est applicable depuis le 1er septembre 2025.
1- Quel est l‘apport de la grille pour les journalistes pigistes ?
Le principal apport de la grille concernant le barème des journalistes rémunérés à la pige est le montant minimum du feuillet de pige, qui est fixé à 55 euros puis relevé à 57 euros à compter du 1er avril 2027. Ces montants sont des minima, et sont exprimés en salaire brut, hors 13ᵉ mois, congés payés, prime d’ancienneté et tout autre avantage éventuel.
De plus, afin de prendre en compte la production de longs formats, une mesure transitoire est prévue jusqu‘au 31 décembre 2027 : un dégrèvement de 20 % sur la rémunération minimale du feuillet supplémentaire s’applique à partir du sixième feuillet pour un même article. Cette réduction, temporaire, ne concerne qu‘un seul article à la fois : elle ne peut s‘appliquer à des commandes groupées de plusieurs articles, et un encadré rattaché à un article est considéré comme une commande distincte sur laquelle le dégrèvement ne peut s‘appliquer en cumul de l’article initial.
Enfin, cet accord ne concerne que les piges-textes. Ainsi, les piges vidéos ou audios sont exclues de son périmètre. Aucun barème minimum n’est prévu à ce stade. Des négociations sont entamées à l’automne 2025 afin d’en définir les modalités.
Davantage d’informations sur l’emploi d’un pigiste.
2- Quel est l’apport de la grille pour les journalistes permanents ?
La grille de classification des journalistes employés par des entreprises de presse indépendantes repose sur une compétence socle correspondant à la mission principale du salarié. Cette compétence appartient à l’une des trois grandes familles :
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la production de contenus journalistiques (rédaction, photographie, infographies, etc.),
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l’édition (ou secrétariat de rédaction),
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la coordination ou responsabilité éditoriale.
Ces compétences socles sont définies par l’annexe 2 de l’accord.
La principale innovation apportée par la grille est de permettre une progression de carrière qui ne passe pas uniquement par la fonction hiérarchique, mais tient compte de différents paramètres :
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l’approfondissement de la compétence socle
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l’acquisition de compétences additionnelles
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l’encadrement d’une équipe
Une classification en quatre échelons est prévue par l’accord pour les journalistes. Un cinquième groupe, « direction d’une rédaction » n’est applicable qu’aux entreprises employant plus de 10 ETP journalistes. À chaque groupe de qualification correspond un coefficient exprimé par rapport à une base 100 et à un salaire mensuel brut minimum garanti, défini pour la durée légale du travail. Tous les éditeurs appliquant cette grille doivent faire correspondre chaque salarié journaliste permanent à une de ces catégories. Ces catégories doivent figurer dans les contrats de travail et sur les bulletins de salaire. Ces dernières sont :
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journaliste stagiaire,
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journaliste qualifié,
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journaliste confirmé,
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journaliste expert,
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une catégorie rassemblant le directeur de publication ou le rédacteur en chef, est uniquement prévue pour les entreprises de presse de plus de 10 ETP journalistes.
L’annexe 3 de l’accord définit chacune de ces catégories.
Ce salaire minimum garanti par la grille n’inclut pas les primes d’ancienneté, le 13e mois, ainsi que tout complément de salaire éventuel. Ces éléments doivent figurer sur des lignes distinctes du bulletin de salaire de chaque salarié. Par ailleurs, ces minima constituent des planchers et ne peuvent conduire à une baisse de rémunération pour les journalistes déjà en poste.
Davantage d’informations sur la définition de chaque catégorie.
La progression du salarié au sein de la grille doit être un des éléments mentionnés lors de l’entretien professionnel quadriennal prévu par le Code du travail. En cas de désaccord entre un journaliste permanent et son employeur sur le positionnement dans la classification, l’une des parties peut saisir la commission paritaire amiable prévue par l’article 47 de la Convention collective nationale des journalistes.
Par ailleurs, les entreprises de presse naissantes ont un délai de deux ans à partir de leur création pour se conformer à cette grille et aux niveaux de rémunération afférents.
Les primes d’ancienneté, prévues par les articles 23 et 24 de la Convention collective nationale des journalistes, majorent le salaire mensuel brut minimum garanti et doivent apparaître de façon distincte sur le bulletin de paie. Ces primes sont calculées sur la base du salaire mensuel brut minimum garanti par la convention collective des journalistes, laquelle renvoie aux grilles prévues par les différentes “familles de presse” (“presse d’information spécialisée”, “presse magazine”, etc.) et à la qualification auquel chaque journaliste est attaché (“stagiaire”, “qualifié”, etc.).
→ Ex : journaliste qualifié niveau 100 avec une rémunération brute mensuelle hors prime d’ancienneté de 2000€ avec 5 ans d’ancienneté dans la profession (3 %) et l’entreprise (2 %) en qualité de journaliste.
Le calcul est le suivant : 2000 + (1877 x 5/100) = 2 093,85 euros.
Toutefois, s’il existe un accord ou un usage plus favorable déjà en vigueur dans l’entreprise, il reste applicable.
3- Quelle articulation avec des grilles concurrentes ?
La grille du Spiil peut entrer en concurrence avec d’autres grilles salariales étendues par un arrêté ministériel. Cette extension entraîne l’application d’une grille à toutes les entreprises de la même famille de presse, même celles qui n’appartiennent pas à un syndicat signataire de l’accord. Les grilles étendues les plus susceptibles de concerner les adhérents du Spiil sont celles de la presse magazine et de la presse d’information spécialisée.
Dans une telle configuration, le principe de faveur, qui trouve son fondement dans le Code du travail, s’applique. Concrètement, lorsque deux barèmes sont susceptibles de s’appliquer à un même salarié, il convient de retenir celui présentant les minima salariaux les plus favorables à ce dernier.
L’équipe du Spiil se tient à votre disposition pour répondre à vos interrogations sur l’application de cette grille.