Le Digital News Initiative de Google (DNI) et son Fonds pour l’innovation

Qu’est-ce que le Digital News Initiative (DNI) ?

Le DNI est un dispositif européen créé en 2015 par Google, doté de 150 millions d’euros. Il concerne l’information numérique au sens large (pas de restriction à la presse IPG comme pour le FINP Google-AIPG français, et même pas de restriction à la presse) et est co-géré par Google et 11 membres fondateurs (parmi les 11, surtout de la PQN : Les Échos, FT, El Pais, The Guardian…).

Ses objectifs :
Stimuler le journalisme original et qualitatif
Encourager la création de nouveaux modèles économiques

Qui peut candidater ?
Structures éditrices établies dans un des 27 Etats membres de l’UE.

Quels sont les projets éligibles ?
Un projet précis dont la composante principale est numérique
Un projet innovant (technique, commercial, éditorial, etc.) qui aura un impact sur l’écosystème général (numérique) et de de la presse
Un projet qui va permettre une diversification du modèle économique.
Ouverture aux projets collectifs (plutôt bien vu, un projet collaboratif sera plus facilement accepté qu’un projet individuel car plus “rassurant”, 37% des projets sont collaboratifs)
Pour les grands projets : employer au moins un journaliste professionnel

Quels sont les projets exclus ?
Production pure de contenus
Activités de formation ou d’éducation
Simple modernisation, et non innovation : par exemple, le Fonds ne finance pas la “roadmap d’innovation d’un éditeur”, ni la simple modernisation des outils de publication habituels (simple évolution de son CMS, nouvelle maquette, traduction de site internet.)

3 types de projets peuvent être financés :

(a) Taille du projet 

1. Projets prototypes : 
max 50k€, financement à 100%

2. Projets moyens :
de 50 à 300k€. 70% de financement

3. Grands projets : 
de 300k€ à 1m€ 70% de financement

Attention à ne pas postuler sur un fonds surdimensionné par rapport à la taille du média. 
Ils évaluent très sérieusement la capacité d’un porteur de projet à gérer le projet (voir si les ressources humaines sont suffisantes, si l’équipe est pertinente, etc.) et sa capacité à identifier les risques et les réponses à apporter.

(b) Contenu des projets 

Toujours apporter la conviction que ça qu’on apporte répond à un besoin (qu’est-ce que ça va apporter et à l’éditeur et/ou au lecteur). 

Un projet autour d’innovations technologiques 
Exemples : AI ; Speech to text / text to speech ; Web semantic, valorisation des archives ; automatic translation ; summarization ; Robot journalism ; Machine learning ; Scraping vidéo ; Motion picture ; sous-titrage automatique de vidéos ; podcast
Pour ces projets : pas nécessaire de pas faire une démonstration de la commercialisation.
apporter la conviction que ça qu’on apporte répond à un besoin. 
Il faut faire un benchmark de ce qui se fait : aide à la démonstration. être dans une démarche de pitch : est-ce que j’ai un public pour l’acheter. Aspect innovation technologique : montrer que ça va apporter.

Un projet autour d’innovations économiques (ce qui est recherché : la création de nouveaux business modèles)
Exemples : smart paywall ; outils d’optimisation des pubs ; corrélation contenu de haute qualité avec advertising ; outils d’abonnement
Obligation de démontrer de la pérennité économique et de la viabilité du projet.

Un projet autour d’innovations économiques éditoriales
Exemples : « fake news » / vérification de l’information (même s’il y en a déjà eu beaucoup de financés) ; curation et valorisation de contenu (texte, photo, vidéo) ; valorisation des contenus réseaux sociaux / sources ; datavisualisation ; réalité augmentée pour nouveau storytelling ; nouveaux supports : version mobiles, podcasts, version sur réseaux sociaux ; nouveau CMS avec valorisation des archives, optimisation SEO…

Il faut plutôt penser à des innovations qui aident à faire du « meilleur » journalisme ou à accroître la possibilité pour le journaliste de travailler (meilleur sourçage, vérification, traitement plus rapide, meilleures illustrations) ou encore à favoriser un meilleur accès des lecteurs à l’information.

Attention :
Il ne s’agit pas de financer de la création de contenu. 
Une nouvelle version d’un site, une nouvelle organisation de contenu / rubriquage n’est pas suffisant car pas assez innovant. 
Les projets de création de contenu seuls, d’éducation aux médias ou de formation (type mooc) ne sont plus financés.

Les critères d’éligibilité :

Impact :

  • création de nouveaux revenus et/ou impact sur les usages
  • au moins : comment le projet transforme l’éditeur lui-même
  • si possible : capacité à aborder des sujets d’intérêt général pour le secteur des médias (monétisation, distribution…)
  • il faut spécifier les objectifs, l’impact attendu, en quantifiant au maximum

Innovation :

  • au moins : prouver que le projet consiste pour l’éditeur à réaliser une vraie nouveauté, par rapport à son point actuel
  • si possible : innovation par rapport à l’ensemble du secteur (à montrer par benchmark)

Faisabilité :

  • business plan crédible (du projet et de l’impact sur l’entreprise), évaluation des risques, de la capacité de l’organisation à mobiliser ressources et équipes, cohérence d’ensemble. Tous les projets dits « moyens » et « gros » (+ de 50k euros demandés), la capacité à monétiser la solution présentée sera systématiquement prise en compte. 

Quelles sont les dépenses prises en compte ?

Tout est pris en compte (y compris l’éditorial) sauf les dépenses de locaux, de voyage par exemple.
Les dépenses de marketing sont les seules limitées : 20% maximum du total. Si vous faites appel à un consultant pour monter le dossier, vous ne pouvez pas mettre ce coût dans les dépenses. Ne pas tout mettre dans les salaires (max 25%) : trop de salaires pour l’éditeur (surtout quand c’est un peu gonflé) laisse penser que l’éditeur veut « gonfler » son budget. Rester réaliste sans les sous-estimer. Éviter les dépenses d’investissement farfelues : en profiter pour refaire son parc informatique ou son matériel vidéo.

Combien de temps pour monter un dossier ?

  • Si vous faites appel à un conseil extérieur : 10 jours (minimum)
Travailler avec un consultant n’empêche pas de devoir penser le projet.
De plus, pour les étapes post dépôt du dossier, ce sera à l’éditeur de donner les compléments. 
  • Si vous le faites en interne : 2 mois. C’est long et souvent complexe (être le plus détaillé possible mais être le plus synthétique) mais le rendu final est un projet court (limites de taille de texte dans le formulaire 20 pages au total). Prendre en compte les réunions en amont pour se mettre d’accord sur le projet, trouver les bons partenaires techno, élaborer les projets, valider les hypothèses. Cette démarche peut prendre 2 mois chez un éditeur en fonction de ses équipes (brainstorming + projet). 

Gouvernance du Fonds :
Une équipe projet avec 5 personnes (de Google et extérieurs) Un conseil d’administration avec 13 personnes (de Google et extérieurs)

Modalités de sélection des dossiers :
Première étape recommandée avant de se lancer : ne pas hésiter à appeler Ludovic Blecher pour “tester” auprès de lui l’idée du projet. 
Les projets ne peuvent pas être présentés avant dépôt (contrairement au FINP).
Les porteurs de projets déposent leurs projets en ligne (cf. ci-dessous), et l’équipe projet contacte les projets intéressants.

(Attention) en cas de refus, l’éditeur ne reçoit pas de réponse. 

Pour déposer un dossier :
En ligne via un formulaire sur le site du DN en anglais. Par rapport aux demandes de financement publiques : aspect administratif plus léger.
Ensuite, partie “orale” : le Fonds va demander des complément d’informations.
Contractualisation : définir les étapes du projet (minimum 3), vérification de la trésorerie, contractualiser.
Paiement : 5 à 10 semaines après la signature, première tranche de 30%
Rapport d’étape 1 : le cabinet PwC vérifie les dépenses sur factures.
Rapport 2 puis 3. 

Conseils pour écrire un bon projet 

Faire une présentation en 10 points : la courte description du projet est très importante, elle va démontrer de sa clarté.

Conseils pour expliquer la monétisation :
L’approche des dossiers est très économique : considérer le DNI comme un investisseur. 
est-ce que la techno est disruptive ? Mais attention, le risque est de tout mettre dans la techno
est-ce que le business model est crédible? Est-ce qu’ils se donnent les moyens d’y arriver (stratégie commerciale). Ne pas hésiter à montrer des lettres de partenaires/clients potentiels qui ont déjà manifesté leur intérêt.

Un business model seul n’est pas suffisant : faire la démonstration de la capacité à atteindre les objectifs et à réaliser sa commercialisation.
Détailler tout le BP (chaque euro investi) et commenter les KPI (question 18)  et la stratégie commerciale / approche marketing question 19.
—> fournir les BP et le KPI en annexes sous Excel. De toutes façons vous en aurez besoin si vous avez l’oral et pour pouvoir gérer votre projet. Dans le cas d’un modèle sur abonnement : parler du churn rate, comment lutter contre, etc. Montrer que l’on va savoir commercialiser son projet.
Joindre un calendrier de développement des différentes phases du projet.

Ecueils à éviter  :

Innovation éditoriale seule n’est pas suffisante : il faut penser les projets DNI pratiquement comme des spin off ou des outils ou des projets qui vont permettre de faire croître votre projet.
Innovation technologique seule n’est pas suffisante : elle doit s’intégrer dans une logique de croissance de revenus et d’augmentation de la productivité des équipes éditoriales. 

Ne pas tout mettre dans la techno : le DNI ne dira rien, mais vous allez perdre le bénéfice du travail réalisé au profit de… l’agence web/du prestataire.
Solution : placer un journaliste ou un chef de projet en interne (penser à valoriser ces compétences, expertises pour l’interne). Si les développements ne sont pas faits en interne sur les aspects techno, il faut des devis (qui doivent être cohérents avec votre feuille de route). 

Développer une approche par user stories : utile de penser un parcours utilisateur d’une application et de décomposer les étapes. Cela aide à faire le cahier des charges et à déterminer la finalité du produit proposé (question 11). Cela montre qu’on a réfléchi à qui on a pensé pour développer ce projet
-> Faire des maquettes pour illustrer.

Benchmark : très utile de faire un benchmark des solutions existantes sur le marché (inclure un tableau comparatif).

Comment les petits éditeurs peuvent-ils se préparer ?
Penser à la partie prototypes
Penser aux projets collectifs
Se concentrer sur l’idée et pas sur sa mise en forme

La presse professionnelle et spécialisée est-elle concernée ?
Le champ est ouvert et pas uniquement grand public, mais il doit s’agir de journalisme avec une notion d’intérêt général.

Y a-t-il une limite sur la durée des projets ?
Pas sur 10 ans, mais pas de limite fixée. Pas de financement de projets déjà lancés. Le soutien est accordé pour 2 ans.

Peut-on enchaîner un projet prototype puis un projet moyen ou gros ? 
Oui

Est-on limité en nombre de projets soumis ?
1 projet par titre par tour d’appel à projets (et 3 maximum par groupe multi-titres)

Peut-on cumuler avec des subventions publiques ?
Pas de rigidité, un projet trouvant des financements par ailleurs n’est pas exclu
Mais le projet ne sera pas financé à 120% et les effets d’opportunité devront être évités

Qui dépose les projets collectifs ?
Un leader doit être désigné, le contrat sera signé avec ce média.

Comment qualifier le financement par le DNI ?
En anglais “grant”, “award”, en français des dotations (comptabilisées en subventions d’exploitation) (ce ne sont pas investissements de Google).

Est-il possible de présenter un même projet aux différentes sessions ?
Un projet rejeté lors d’une session peut être présenté de nouveau à une session suivante, mais il est conseillé de l’améliorer.

Quand un prototype est développé grâce au DNI, à qui appartient-il ? 
Il reste la propriété de l’éditeur.